Rechercher
  • melivoix

J'ai pris le train

Mis à jour : 27 déc. 2020

Aujourd'hui, j'ai pris le train. Ça n'a l'air de rien, comme ça, mais avec cette histoire de virus, ça faisait des mois que je n'avais plus osé. Et puis j'ai une voiture. Avec une voiture, on se transporte où on veut, comme on veut et quand on veut. On ne dépend de personne et surtout pas d'un train. Et puis je n'aimais plus la promiscuité. J'ai peut-être vieilli ou pris trop de trains, je ne sais pas, mais jusqu'à aujourd'hui, je ne supportais plus ni les passagers, ni leurs miasmes, ni leurs sonneries de téléphones portables.... Ces voisins de banquette qui s'épuisaient à engager la conversation, je les trouvais pénibles. Non mais sans blague ? J'ai pas envie de parler, moi ! Juste envie que le voyage se passe. Vite. Ce qui me plaît, ce n'est pas le temps perdu pour aller du point A au point B mais bien l'arrivée au B. Entre les deux, surtout pas de blabla, merci. Mais aujourd'hui c'était différent. J'ai chéri le ronron du train, les ricanements des ados, les portables tonitruants, les conversations intrusives. Tout, j'ai tout aimé. Jusqu'au type qui m'a arraché les cheveux avec sa boucle de ceinture parce qu'il traversait le couloir sans s'apercevoir que, justement, j'étais assise sur un siège "couloir". J'ai aimé la mine hagarde de ceux qui musardaient à la recherche de leur numéro de fauteuil. j'ai aimé cette fille qui éternuait à chaque arrêt parce que l'air froid rentrait dans la rame. En pleine crise sanitaire, ça m'a même amusée. Derrière moi, un ado parlait fort au téléphone. Ça ne m'a pas dérangée. Mieux : c'était comme revenir à la vie.

Je crois que je suis affamée : j'ai besoin de bouffer du vivant, du vrai, pas du chiqué ! Avec les contraintes sanitaires, tout est "normalisé". Résultat : on est dans la répétition, on tourne en rond. Or la vie ne sait pas répéter, elle improvise. C'est plus fort qu'elle, elle ne peut pas faire autrement. Ce soir, j'ai l'impression qu'il y a deux clans : ceux qui testent le monde, le masquent, lui lavent les mains et ceux qui le salissent, le désorganisent et lui postillonnent dessus avec insouciance. Le désordre et l'ordre en face à face. De toute façon, rangée ou pas, la vie s'en fout. Tout est incertain et elle continue. Elle pousse droit malgré les virages. Chaque marche, elle la monte, chaque obstacle, elle le dépasse et sur chaque pente, elle glisse, joyeusement. Pas de temps à perdre, pendant qu'on s'inquiète, la vie roule en aller simple. Et moi, après des semaines de privations, j'ai faim d'elle et de mes semblables. C'est une certitude. Bon, mais tout ça, ce n'est rien. C'est juste que j'ai pris le train et que pour la première fois, depuis longtemps, j'ai aimé ça. C'est "Inoui" :-).



77 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout

© 2021Marie-Pierre Foessel-photo Eric Clément Demange