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  • melivoix

Chasseuse de mondes


Depuis quelques temps, je raconte. Je deviens peut-être conteuse. Peut-être pas. Je me suis éloignée du pays des musiciens, j'ai grimpé sur le navire des conteurs et fait escale "ailleurs". Enfermée cette année, coupée du voyage qui m'est pourtant essentiel, j'ai raconté, souvent, pour des adultes et des enfants. Grâce aux histoires, j'ai voyagé. J'ai chassé d'autres mondes : j'ai gravi des montagnes, j'ai franchi des cols, j'ai survolé des océans, j'ai marché sur des chemins en tortillon dans des forêts épaisses. J'ai eu peur, j'ai eu faim, j'ai eu mal, j'ai été soulagée. Et sans doute est-ce l'année où j'ai le plus voyagé. C'est drôle d'écrire ça. J'ai voyagé sans quitter mon département. C'est l'esprit, c'est lui qui a tout fait. En 2020, j'ai eu le temps de me questionner : à quoi bon continuer de chanter ? Pourquoi, pour qui et que partager ? La musique se passe aisément de moi mais moi, puis-je me passer d'elle ? Le chant et ma voix ; toutes ces années sacrifiées, non pas pour chanter, mais pour faire de ma voix une voie, un chemin, ma nature. On est fragile, on est si peu de choses, alors pour se sentir plus solide, on s'imagine qu'on a une nature et puis on joue à la découvrir. Ça prend du temps, ça occupe tout l'espace, ça crée des certitudes. A un moment "on trouve". Quelque part au fond de soi, ça se pose. Mais en vrai, rien n'est jamais posé. Des états, des idées, des mésaventures inspirent, réveillent, remuent et empêchent l'immobilité. Et puis il y a la nuit. Quand les paupières sont closes, quelque chose s'ouvre. Quand on se croit tranquille, éloigné du tumulte, bien campé sur des certitudes, ce qui habite notre nuit vient nous chercher. Cette année, j'étais enfermée mais j'ai répondu à l'appel. Du fond de ma nuit, j'ai entendu le cri d'une insatisfaction chronique et mon refus ferme, opposé à l'ennui. L'insatisfaction ne date pas d'hier car chanter, c'est fédérer. Il ne suffit pas d'ouvrir la bouche, il faut convaincre. A un moment, j'en ai eu assez : plus envie de convaincre ! Je continuerai car la poésie est ce qui me plaît avant tout : plutôt que de la dire, j'ai choisi de la chanter. C'est aussi bête que ça. Si vous n'aimez pas ce que je chante et comment je le chante, passez votre chemin, le monde est vaste, ne perdez pas votre temps à m'écouter. En 2020, j'aurais appris une chose : la poésie est partout, si on a du temps à lui consacrer. Cette année, c'est dans les histoires que je l'ai croisée. Combien de temps ça va durer ? Je n'en sais rien. Je m'en fiche, je poursuis le voyage. Je chasse les mondes, à ma manière.



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